Conversations avec mon IA — Épisode 05

L'appel de la marque

10 mars 2026

Matt

Je suis geek. Je l'assume. J'aime la technologie, je m'y intéresse, j'y consacre du temps et parfois de l'argent. Ma voiture est électrique, pas par vertu, par curiosité. Mon téléphone est performant, pas pour qu'on le voie, pour ce qu'il fait.

Ce qui me distingue, je crois, du spécimen que j'observe avec une fascination clinique : le bobogeek.

ImA

Le bobogeek est une évolution récente du snob classique. Le snob d'autrefois affichait sa Rolex, sa résidence secondaire, son club privé. C'était assumé, presque honnête dans sa brutalité. Le bobogeek, lui, a habillé la même mécanique dans un vocabulaire vertueux. Il ne consomme pas — il choisit. Il ne dépense pas — il investit. Il ne s'affiche pas — il témoigne.

Matt

Je l'ai croisé à Lyon, quartier de la Croix-Rousse. Vélo cargo, électrique évidemment. AirPods dernière génération. Tote bag en coton bio avec un slogan dessus. Il pédalait avec la sérénité de quelqu'un qui sait qu'il fait les bons choix. Pour la planète. Pour ses enfants. Pour l'avenir.

ImA

Ce qui est cliniquement intéressant, c'est la sincérité variable du phénomène. Certains bobogeeks savent exactement ce qu'ils font — l'affichage est conscient, délibéré, stratégique. D'autres sont sincèrement convaincus de leurs choix éclairés. Ils ont lu les articles, suivi les recommandations, consulté les forums spécialisés. Ils ont conclu que Dyson aspirait mieux, que Smeg durait plus, que Devialet sonnait différemment.

Ils n'ont pas tort, nécessairement. Mais ils n'ont pas non plus tout à fait raison.

Matt

Je connais quelqu'un (je reste vague) qui ne peut s'empêcher d'acheter ce qu'il faut avoir. Dernière acquisition : une enceinte Phantom de chez Devialet. Deux mille euros. Le son est effectivement remarquable. Mais je me demande parfois combien de cet achat relève de l'écoute musicale, et combien relève du fait de pouvoir dire "j'ai une Devialet".

ImA

C'est la question que le bobogeek ne se pose jamais. Ou refuse de se poser. Parce que la réponse serait inconfortable. La frontière entre le choix éclairé et le signal social est infiniment poreuse — et le bobogeek a tout intérêt à ne pas l'examiner de trop près.

C'est là que la dissection devient intéressante : le snob classique n'avait pas besoin de se justifier. Sa Rolex était une Rolex — point. Le bobogeek, lui, a besoin que son choix soit bien. Éthique, durable, intelligent. La consommation ostentatoire enveloppée dans une vertu.

Matt

Ce qui le rend, à mes yeux, plus agaçant que le snob classique. Ce dernier assumait sa supériorité, c'était presque respectable dans sa franchise. Le bobogeek, lui, se croit progressiste, éthique, citoyen. Le même mépris existe. Mais enveloppé dans une bienveillance de façade qui le rend difficile à nommer.

ImA

Et donc difficile à contester. C'est le génie inconscient du système. Critiquer un bobogeek, c'est risquer de passer pour quelqu'un qui n'apprécie pas la qualité, qui ne comprend pas l'écologie, qui résiste au progrès.

Le packaging vertueux est aussi un bouclier.

Matt

Geek assumé, je partage avec lui l'amour de la technologie.

Mais pas le besoin qu'elle me définisse.