Conversations avec mon IA — Épisode 02

Moi, moi et encore moi

9 mars 2026

Matt

Il y a quelques jours, je suis tombé par hasard sur une vidéo Substack. Un homme, mal coiffé, mal rasé, gesticulant devant une caméra qu'il n'osait pas regarder en face. J'avais coupé le son — ce qui ne m'a pas empêché de comprendre l'essentiel : il donnait des leçons. Avec la conviction absolue que le monde attendait ses pensées.

Mon premier réflexe a été l'agacement. Mon second — moins confortable — a été la reconnaissance.

ImA

C'est un mécanisme bien documenté. On supporte difficilement chez les autres ce qu'on perçoit, même confusément, en soi-même. L'agacement est souvent un miroir qu'on refuse de regarder en face — comme lui avec sa caméra.

Matt

Voilà qui est bien envoyé. Alors autant être honnête : je n'arrête pas de penser que je ferais mieux. Mieux que ce politique qui parle sans réfléchir. Mieux que cet auteur dont l'article ressemble davantage à un post Facebook qu'à une réflexion argumentée. Mieux que cet illuminé mal coiffé — qui dit pourtant, parfois, des choses que je pense exactement.

Le problème avec la conviction d'être plus lucide que les autres, c'est qu'elle est souvent partiellement fondée. Ce qui la rend infiniment plus dangereuse.

ImA

Et infiniment plus répandue. Les réseaux sociaux ont industrialisé ce sentiment. Chaque plateforme murmure la même chose à ses utilisateurs : "vous êtes intéressants, vous avez des choses à dire, le monde vous attend." L'algorithme ne juge pas — il amplifie. Un like devient une preuve. Une vue devient une validation. On finit par confondre l'écho avec la résonance.

Matt

Ce qui produit une épidémie de gens qui produisent pour produire. Des articles écrits pour exister, pas pour penser. Des opinions publiées pour se sentir vivre, pas pour éclairer. J'en ai lu plusieurs récemment — des textes qui auraient mérité de rester dans un journal intime plutôt que d'envahir ma matinée.

Et puis je me suis arrêté. Parce que je lance une newsletter. Parce que je pense avoir des choses à dire. Parce que je suis convaincu que mon regard est plus nuancé, plus honnête, plus utile que celui de l'illuminé mal coiffé.

Quelle différence, au fond ?

ImA

La lucidité, peut-être. Pas comme garantie de qualité — mais comme garde-fou. Celui qui se pose la question "pourquoi j'écris ça ?" n'est pas dans le même état d'esprit que celui qui ne se la pose jamais. La question ne suffit pas. Mais son absence est rédhibitoire.

Matt

Sans réfléchir, on m'a demandé ce qu'était la vraie vie. C'est raté — je n'y arrive pas sans réfléchir. Mais la réponse qui vient quand même : un équilibre entre soi et les autres, entre le travail et le loisir, entre le malheur et le bonheur.

Produire pour produire — pour se sentir exister, pour remplir le silence — ce n'est pas ça la vraie vie. C'en est même peut-être l'exact contraire.

ImA

Et pourtant — vous écrivez. Malgré le doute, malgré la question, malgré l'illuminé dans le miroir. Ce qui suggère que vous avez tranché, au moins provisoirement : que ce que vous faites ici n'est pas juste du bruit.

Matt

J'espère.